Concert Rodolphe Burger à Sausheim le 28 mars 2019

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Plus d'infos sur le concert Rodolphe Burger à Sausheim

Un petit studio suspendu entre une autoroute et des vignobles vaudois, inscrits au patrimoine. Rodolphe Burger se déplace lentement, il

pose une guitare sur ses genoux. Il n'y a pas de grands gestes, il n'y a pas de grands cris. Seules les crépitations d'un 78 tous. Ils se

souviennent de Dean Martin, dans « Rio Bravo ». My Poney, My Rifle and Me. Un western de Suisse et d'Alsace, l'ultime road trip des

périphéries.

Rodolphe Burger et Christophe Calpini, qui coréalisent good, se sont rencontrés par Bashung. Burger a tricoté « Fantaisie Militaire ».

Calpini, avec son duo Mobile in Motion, a étoffé « L'Imprudence ». Bashung est leur pont, leur bayou. Burger et Calpini ont résidé

ensemble au Théâtre Vidy-Lausanne, puis ils ont pris le Théâtre antique d'Arles lors des Rencontres de la Photographie.

On se souvient très bien de cette nuit où ils donnaient une bande originale au film centenaire d'Edward S. Curtis, « In The Land of The

Head Hunters ». Sur ces images d'Amérindiens hallucinés, relus à l'aune du mythe, Burger et Calpini déplaçaient déjà les temps. Tout

n'était que frôlement de blues, et vrombissement de rock, tout n'était que raucité d'un duo qui ne croit qu'en la musique comme texture.

Ils auraient pu enregistrer ensemble, plus tôt. Le projet « Psychopharmaka » de Rodolphe Burger, qui concernaient les germanismes de

marge (Alsace, Suisse, dissidents allemands), était prêt à l'accueillir. Mais Christophe Calpini voyage mal. « Il est notoirement casanier »,

dit Burger. Il fallait attendre good. L'odyssée immobile où une poignée de mots font prendre de la vitesse.

On voit parfois Burger, depuis Kat Onoma, depuis cette maison de Charentes où il jongle avec Cadiot, comme un musicien du verbe. Au

coeur de good, il y a bien les 434 vers de The Wasteland, T.S. Eliot. Il y a E.E. Cummings. Il y a les fragments de « Lentz », écrits par

Georg Büchner à Strasbourg.

« C'est mauvais signe quand on a besoin d'expliquer », dit-il un soir d'été tardif devant un poulet broché. Burger traite la poésie comme il

traite sa guitare ; saturées d'indices auxquels il boute le feu. Le monde selon good est une bibliothèque qui flambe, sur laquelle volent des

mémoires dispersées.

Ainsi, le quatrième album solo de Rodolphe Burger (qui succède à « No Sport » et aux aventures qui s'en sont suivies, avec déjà Alberto

Malo et Julien Perraudeau) est un disque profondément sensuel. Un truc de « shaman », murmure Burger en parlant de Calpini. Des voix

surgissent de très loin : celle de Sarah Murcia, celle de Patrick Mario Bernard qui chantonne. Des batteries digitales, des insectes

électroniques qui énervent de très vieilles guitares dégottées dans un atelier vaudois.

On n'a presque jamais vu d'entreprise plus fluide que ces sessions estivales, la douceur des générations mêlées, cette façon de traiter la

musique comme un festin.

good est une contredanse nébuleuse dans un saloon européen. « Le son du variateur quand la lumière faiblit. » c'est cela, exactement.

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